mardi 23 août 2011

Traumatisme




Texte extrait de l'ouvrage de Fabrice Torrito "TORO, cinq années de mystère, cinq-mille ans de culte".


Création de Stéphanie Torrito, illustrant cet ouvrage.



Après neuf mois d’une existence en parfaite osmose, à peine séparée par les moments de jeux et de nutrition, le veau est sevré de sa mère. C’est la dure loi imposée par l’homme. La vache est un animal dit “de ventre” et elle doit être disponible pour la prochaine gestation.


Après une dure journée de labeur passée à séparer les cent cinquante couples veaux/vaches de l’année, les vachers savent que la nuit va être agitée. Dans un corral, patientent les mères que l’on garde pour vacciner le lendemain. Dans un autre enclos, s’énervent les veaux. C’est la première nuit qu’ils passent éloignés de leurs génétrices. Le choc est rude.


On a pourtant prévu des lieux espacés, mais rien n’y fait. Le traumatisme de séparation d’un enfant et de sa mère est une règle universelle de la nature. La nuit entière est une symphonie de mugissements et de plaintes. Les vachers ne fermeront pas l’œil de la nuit. Aucun des deux êtres n’acceptent cet injuste déchirement. Au petit matin, il est inévitable de retrouver des veaux à nouveau réunis avec leurs mères. Inversement, des vaches ont retrouvé leurs fils. Clôtures, barbelés, électricité et murs de pierres ne suffisent pas à éviter que la nature reprenne ses droits de fidélité. On a connu le cas de retrouvailles malgré plusieurs kilomètres de séparation.


Après la ferrade, le vétérinaire effectue la filiation. Il vérifie ainsi que le veau est bien le fils de la mère déclarée. La preuve irréfutable est celle de l’allaitement.
Spectacle grandiose. On relâche le veau sur le lot de vaches. Encore sous l’effet de la douleur du fer, une course éperdue et rageuse le jette sous les pis de sa mère. Pour quelques heures supplémentaires de félicité le couple est reformé. La mère, habituée, fait en sorte qu’il oublie la vexation qu’il vient de subir.

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